“Fan art” n°1


“Dans la tête. Les yeux qui s’ouvrent. Le plafond et le ventilateur branlants. La moquette usée par les trous de cigarettes sous les pieds. Couloir. Cuisine. Café brûlant. Trois tartines. La page des sports. Victoires des Dolphins en finale de l’International Challenge. Infos en continu. Mêmes histoires toutes les heures. Écrans éteints. Salle de bain. Face au miroir. Le bruit des cliquetis dans la tête. Et la douleur qui irradie. De la nuque jusqu’aux orteils. Les machines ne souffrent pas. Deux pilules, amélioration dans une vingtaine de minutes. Le bruit des cliquetis dans la tête. Comme les médailles accrochées à la cheminée quand il faut faire la poussière. Les souvenirs des opérations. Militaires et chirurgicales. La colère. Et la peur. Afflux de réminiscences. Un bras resté dans le passé. Tête qui déraille. Concentration.  Rasage de près. Eau fraîche et after-shave. On se relève de tout. Mais on boîte souvent. Les machines ne souffrent pas. Et cette tête qui cliquette. Retour à la chambre. Couloir, photos jaunies, des enfants rient, il y a longtemps. Penderie : chemise bleue pas repassée, pantalon noir d’une semaine. Grincement du bras quand je m’habille. La douleur dans l’épaule. Le même piston coincé, la même journée, la même merde. Vie amputée mais l’esprit qui va vite. Les années de service, les garde-à-vous, les amours laissés de côté. Une vie qui pourrait en être mille. Ça grince dans la tête. Afflux de réminiscences. On ne rattrape pas le temps perdu. On le vole à la limite. Une vie est suffisante pour vous, pour moi il m’en faut davantage. Je veux ces milles vies que j’aurais pu avoir. Les machines ne souffrent pas, les machines ne pensent pas, juste des zéros et des uns, qui ouvrent des canaux ou qui les ferment. Signaux électriques, informations, action, réaction, simple, sans affect et sans cogitation. Des vies infinies, ne nécessitant qu’un reboot du système et quelques coups de tournevis, des mises à jour, et une mémoire organisée en fichiers à envoyer dans une corbeille. Les machines ne souffrent pas, je deviendrai machine, un corps parfait, réparable, modulable, et les pensées primaires. Des zéros et des uns. On/Off.”

Un auteur inspiré par Cobaye[s], Moriz